L'intelligence économique

 
 
L'intelligence économique

 

Qu'est-ce que l'intelligence économique ?

L’intelligence économique (IE), traduit de l'anglais « competitive intelligence » est un mode de gouvernance fondé sur la maîtrise et l’exploitation de l’information stratégique pour créer de la valeur durable dans une organisation.

Elle se décline en veille/anticipation, maîtrise des risques (sécurité économique) et action proactive sur l’environnement (influence).

Née de la multiplication des informations et en perpétuelle évolution, l’IE est une approche professionnelle indispensable à tous les acteurs économiques pour éclairer la décision et affronter une compétition internationale multiforme.

L’IE est par nature transversale et s’appuie sur des informations issues de sources ouvertes, c’est-à-dire accessibles au public. Elle implique une gestion active des réseaux, des partenariats, et des concurrents.

En France, si l’intelligence économique s’est développée de façon empirique dès la fin des années 1980, grâce notamment à l’action conjuguée de personnalités issus de milieux très variés(universitaires, fonctionnaires, représentants du monde de l’entreprise, du milieu consulaire, de la défense nationale,etc.), son développement s’est véritablement accéléré en 1994à partir du rapport d’Henri Martre.

Issue de la mondialisation et du développement de la société de l’information

L’intelligence économique, qu’elle soit mise en œuvre par un État ou par une entreprise, s’inscrit dans un contexte bien précis : celui de la mondialisation et de l’interconnexion des économies. Les acteurs économiques doivent désormais faire face à l’apparition de nouveaux acteurs et à une concurrence intense. Cette concurrence s’exerce de plus en plus en amont dans le cycle de l’innovation, y compris au stade de la recherche.

Dans le même temps, le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) et l’apparition d’une véritable société de l’information, caractérisée par la surabondance d’informations, la variété des producteurs de cette information et l’extrême rapidité de leur diffusion, sont d’autres enjeux à prendre à compte.

Ces évolutions majeures du contexte économique représentent en premier lieu de formidables opportunités de développement pour les entreprises françaises et une motivation permanente à la performance et à l’innovation : accès à de nouveaux marchés à l’étranger, innovations et lancement de nouveaux produits et services, etc.

Cependant, face à ces nouveaux défis, toute entité économique doit désormais intégrer l’IE afin de comprendre, analyser et anticiper ces mutations et protéger sa compétitivité et ses savoir-faire.

L’IE est à la fois une politique publique élaborée et mise en œuvre par l’État et une démarche d’entreprise.

Dans les deux cas, sa finalité et toute sa raison d’être restent les mêmes : soutenir la compétitivité, la croissance et l’emploi.
 

Quelles sont les entreprises concernées par l'IE ?

L’IE est une démarche qui concerne tous les acteurs de l’économie, et notamment les entreprises quelle que soit leur taille.

Si les entreprises de grande taille semblent mieux armées et mieux organisées, les PME sont tout aussi concernées et prennent peu à peu conscience des enjeux liés à l’intelligence économique.

En tout état de cause, la mise en place d’une démarche d’IE,pour être efficace, doit reposer sur une stratégie et une organisation structurée, et doit être construite comme un tout cohérent, impliquant l’ensemble des acteurs de l’entreprise, du dirigeant aux salariés.

Parallèlement, les établissements de recherche publics, acteurs économiques majeurs du paysage économique français, restent encore relativement peu sensibilisés à l’IE. La recherche publique doit pourtant avoir les bons réflexes pour mieux valoriser ses innovations et mieux les protéger.

En Eure-et-Loir, le pôle de compétitivité « Cosmetic Valley » ainsi que le cluster « Pole Pharma » sont évidemment au cœur de la veille en matière d'IE, cependant de très nombreuses autres entreprises, groupes, PME/TPE ou start-up disposant d'un procédé innovant, technologique ou humain, intervenant sur des salons internationaux ou disposant de contrats particuliers avec le ministère de la défense ou d'un contrat transatlantique par exemples, peuvent faire l'objet d'actions d'IE passives ou offensives et doivent se protéger de ces influences.

Quel est le rôle de l’État en matière d'IE ?

Renforcer la compétitivité de l’économie française et la création d’emplois est l’un des défis majeurs des pouvoirs publics depuis de nombreuses années.

C’est dans ce cadre que s’inscrit depuis plusieurs années la stratégie française d’intelligence économique.
Aujourd’hui,la politique publique d’intelligence économique est élaborée parla Délégation interministérielle à l’intelligence économique (D2IE) et déclinée au niveau interministériel, ministériel,régional et international.

Cette politique publique a fait l'objet d'un décret publié le 22 août 2013.

La politique publique d’IE est, à part entière, l'un des volets de la politique économique de la France. Par nature transversale, elle irrigue les stratégies mises en œuvre par l'État en matière de politique industrielle, de développement économique et d'aménagement des territoires, ou encore de soutien à l'export.

En matière d’intelligence économique, l’État concentre ses efforts là où il est par nature légitime, là où il dispose d’une véritable expertise et d’une réelle valeur ajoutée et, enfin, là où il peut répondre à ses propres besoins d’État souverain,ainsi qu’à ceux des entreprises ou des établissements de recherche publics.

L’État, et notamment la D2IE, a donc vocation à diffuser une véritable culture de l’intelligence économique auprès des acteurs économiques et de la société dans son ensemble.

La D2IE est la tête de pont des services de l’État en matière d'intelligence économique. Elle s'appuie sur le niveau régional qui dispose d'un référent régional IE dépendant du SGAR - secrétariat général aux affaires régionales - qui pilote, à son tour, le réseau des référents départementaux IE.Ces référents sont nommés par les préfets et ont vocation à animer, à leur niveau, les différents réseaux IE.

Mme Franceline Forterre-Chapard, référent départemental IE

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En Eure-et-Loir, j'ai été nommée par M. le Préfet Nicolas Quillet en janvier 2014 afin d'assurer cette mission. Outre les rencontres régulières avec les membres régionaux du réseau IE, les actions en matière d'IE se déclinent sur le département de 3 façons :

- des réunions du réseau départemental IE comprenant les référents du groupement de gendarmerie, de la DDSI (direction départementale de la sécurité intérieure), du DPSD (direction de la protection et de la sécurité de la défense), du SDRT (service départemental du renseignement territorial) et de l'UT-DIRECCTE.

Ces rencontres permettent d'échanger sur les entreprises que nous avons inscrites dans notre veille IE, sur les offensives menées dans les entreprises et sur les actions à venir.

- des actions d'informations et de formations des dirigeants et de leurs salariés au sein des entreprises ou à l'occasion des différents salons ou manifestations du département (business contact, manifestations de la CCI, Rencontre des Savoir-faire à Chartres..). Ces actions sont menées par les services composant le réseau de façon conjuguée ou individuelle.

- des visites d'entreprises menées sur demandes du chef d'entreprise, d'un acteur de l’État,d'un sous-préfet...ou suite à une intrusion IE. Ces visites sont menées par le service suivant plus particulièrement le territoire sur lequel est implanté l'entreprise ou suivant l'enjeu.

Exemples d'incursions récentes en matière d'IE

Comment entrer dans le système d'information d 'une entreprise ?

Les attaques contre les grandes entreprises sont en forte augmentation(+40 % sur un an),selon une étude annuelle de Symantec. Cette étude montre que les cyber pirates choisissent d’entrer dans l’écosystème d’une entreprise, en pénétrant dans le réseau de l’entreprise par des outils de prise en main à distance des machines ou de transfert des communications. La première attaque consiste le plus souvent à faire ouvrir un e-mail piégé à un employé… « Avant, ils envoyaient une centaine d’e-mails pour avoir une chance qu’un destinataire l’ouvre, aujourd’hui, une quinzaine suffisent. On l’a encore vu au moment du G20 en Australie, où les participants ont par exemple reçu de l’organisateur un faux planning de la manifestation »,explique un responsable de Symantec.

La France est au 14ème rang des pays les plus visés, loin derrière les États-Unis. Les pirates ne cherchent pas forcément des informations confidentielles mais demandent souvent des rançons pour débloquer les données de l’entreprise.

Comment dérober un an de R&D ?

Lors d'un salon international, un industriel français a vu plusieurs de ses prototypes retenus durant 7 semaines sous prétexte"d'incompatibilité de transport". Au retour des matériels,les traceurs GPS qui les équipaient ont permis de constater leurs nombreux déplacements au cours de cette rétention, notamment au sein d'une université spécialisée, ou de zones industrielles. Leur examen a également révélé un démontage permettant l'identification des technologies utilisées par "reverse engineering".

La DGSI souligne, dans ce cas, la pleine coopération des autorités gouvernementales, des acteurs industriels et du monde la recherche, facilitant ce "pillage" du R&D français. Elle préconise donc aux entreprises de communiquer avec les Services, avant et après de tels déplacements à l'étranger,afin d'éviter la perte d'avantages concurrentiels déterminants pour l'économie française.

Comment se protéger de façon simple et efficace ?

Des fiches pratiques à votre disposition !

Sur le site de la D2IE, www.intelligence-economique.gouv.fr , vous pouvez trouver 22 fiches thématiques courtes et pertinentes qui vous donneront tous les conseils utiles de protection selon que vous participez à un salon professionnel, que vous vous déplacez à l'étranger, que vous receviez des visiteurs étrangers au sein de l'entreprise....

Voici un exemple :

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Salon professionel_2

Un jeu sur l'IE développé par la CCI permettant de faire réfléchir les salariés de l'entreprise !

Pour sensibiliser les entreprises à l’intelligence économique, la CCI Normandie a créé un jeu vidéo interactif et pédagogique. Sous une forme ludique, il permet de communiquer sur l'importance de la sécurisation des données, la veille ou la stratégie d’influence.

Au travers de huit scénarios, l'internaute est confronté aux problématiques de la copie, du vol d’information, du piratage de site web,  du vol de prototype,  de la concurrence déloyale,  de l'escroquerie, de la rançon ou de la stratégie offensive.

Pour les contrer, il peut avoir recours à plusieurs "bonnes pratiques" telles que  l’utilisation des clauses de confidentialité, les outils de propriété intellectuelle, les sauvegardes des données informatiques, les appareils mobiles en déplacement, la sécurité des locaux, la SSI.

Ce produit a été élaboré conjointement avec la Direccte Haute-Normandie et les services de sécurité de l’Etat. Il s’inscrit dans le cadre d’une action collective d’accompagnement des entreprises à une meilleure pratique de l’intelligence économique dans les entreprises et a été financé par des fonds européens FEDER.

Cet outil gratuit est accessible à l’adresse suivante : www.jeu-ie.cci.fr

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En juin2014, le ministre de l'Intérieur a souligné le rôle primordial de l'intelligence économique territoriale dans la défense de la compétitivité, le développement de la croissance et de l'emploi ainsi que la garantie de l'attractivité de notre pays.

Un plan triennal pour l'intelligence économique territoriale en découle et vise 5 axes prioritaires :

- la mise à disposition d'outils efficients pour les différents acteurs de l' IE ;

- la formation des cadres ;

- la sensibilisation et la communication ;

- l'intégration de la SSI (sécurité des systèmes d'information) ;

- la protection des industries innovantes.

Si aujourd'hui les enjeux de l'IE sont connus de bon nombre d'acteurs économiques majeurs, la culture de la protection de l'information peine à se diffuser au sein des TPE/PMEPetites et moyennes entreprises qui disposent pourtant souvent de process innovants ou qui ont accès à des marchés sensibles qui intéressent leurs concurrents directs ou indirects.

Combien de fois, les acteurs de l'IE entendent-ils « je ne suis pas concerné par l'IE ! Qui pourrait bien vouloir copier mes process ? Pourquoi s'intéresserait-on à ma petite entreprise ? »

Or chaque jour, tant au niveau national que départemental, des exemples d'intrusions passives ou offensives sont à déplorer sur nos entreprises.

Les PMEPetites et moyennes entreprises sont très exposées, elles représentent 50 % des intrusions détectées. À 80 %, la sécurité économique est pourtant liée à des comportements humains.

Des intrusions souvent simples, réalisées grâce à l'absence de méfiance des salariés, grâce aux informations que l'on diffuse sur son profil dans les réseaux sociaux (ex : sur son CV, un chercheur d'université déclare : « je suis habilité confidentiel défense »), grâce aux informations que l'on partage lors d'une manifestation par souci de mettre en valeur l'entreprise (ex : je viens de décrocher un projet avec le CERN !) et qui permettent de récupérer quelques informations qui misent bout-à-bout dévoilent un process entier !

Tous les acteurs du réseau sont à votre disposition pour informer,conseiller, se déplacer auprès de vous. N'hésitez pas à nous contacter !

Mme Forterre-Chapard, sous-préfet de Nogent-le-Rotrou

Référent départemental IE

Tél. : 02 37 53 58 53

Mot du référent régional IE, Mme Nathalie Choquet

La nomination récente des correspondants départementaux en intelligence économique (CDIE) reflète l'importance que revêt aujourd'hui ce domaine.
Ayant bien souvent la fonction de sous-préfets d'arrondissement, les CDIE sont au cœur même de la problématique développée supra par Mme le sous-préfet Forterre-Chapard car ils sont en lien direct avec les entreprises et ont une vision très réaliste du terrain.

L'intelligence économique n'étant pas une fin en soi, elle permet de se maintenir dans la course de la compétitivité et d'être réactif face à notre contexte économique en perpétuel mouvement et au final, il s'agit bien :
-  soit de maintenir des emplois qui auraient pu être en danger;
- ou voire même d'en créer.

Tel est l'aboutissement de l'intelligence économique.